vendredi 3 février 2012

Archétype (8) - L'anima par James Hillman - Partie 1


Je reviens sur ce sujet inépuisable et je vais m'inspirer des écrits de Hillman, que l'on peut découvrir dans un ouvrage malheureusement aujourd'hui très difficile à se procurer (Anima et Animus - Hillman et Emma Jung). Dans cet essai, le psychologue est allé très loin dans ses tentatives d'encadrement de la notion d'Anima...tentatives passionnantes par les perspectives offertes et les profondeurs d'implication. Je vais tâcher de ne pas dénaturer sa pensée en la résumant, ce qui ne sera pas une mince affaire.



1- Contrepartie sexuelle
Il s'agit là de l'acception la plus usuelle, se résumant par le fragment le plus inconscient de la psyché masculine, associé à sa part de féminité dans l'ombre. Mais sur ce point, Hillman demeure assez circonspect et remet en perspective la relativité de ce que l'on nomme les attributs sexuels.  "...aussi longtemps que l'Anima restera la "salade russe" dans laquelle seront confondues sentiment, Eros, relations humaines, introversion,...le développement de l'anima, but de la thérapie, tout comme l'anima elle-même, continuera à signifier tout et n'importe quoi..."


2- Eros
Contenus et sentiments érotiques seraient liés à l'anima. Pourtant, Hillman nous explique que les quatre degrés de l'anima mis en lien avec les quatre stades de la culture de l'Eros (Eve, Hélène, Marie, Sophia) par Jung sont des images du féminin sacré, un Graal pour recueillir son sang mais ne sont pas l'Eros. Selon lui, "l'anima ne rentre en usage pour nommer la vie de l'âme qu'après notre mort" (symbolique), c'est une mort tapie en notre âme, nous sommes éloignés de la pulsion de vie de l'Eros. Il nous rappelle également justement que tout ce qui est féminin n'est pas nécessairement anima et que tout ce qui est anima n'est pas forcément vénusien. A ce sujet, Hillman aborde la question de l'archétype d'Aphrodite qui brouille beaucoup les cartes car tout en désirant être reconnue, pousse son fils porteur de vie dans la danse.
"Bien que l'amour soit essentiel à l'âme,...et bien que l'âme soit ce par quoi nous recevons l'amour, il n'en est pas moins vrai que l'âme n'est pas l'amour".


3- Le sentiment
Anima comme archétype de la fonction sentiment ? forfaiture d'après Hillman qui explique cette confusion par l'idée d'infériorité (dans l'esprit collectif, fonction sentiment et féminité sont à développer pour l'homme) et par l'idée que le sentiment serait une prérogative féminine.La tâche ne serait pas de différencier le sentiment pour différencier l'anima mais de différencier le sentiment de l'anima.
Hillman pousse le raisonnement en dressant le constat de ce qui semble être la panacée pour une certaine psychologie analytique Anima = relation = sentiment. Mais, comme il le précise, l'anima est une fonction de relation qui médiatise le personnel et le collectif, ce qui est réel et ce qui ne l'est pas...ce n'est pas du tout une fonction du relationnel.
De plus, associer Anima et sentiment signifie que le rapport de deux personnes ne se fait plus à l'aune de leur personnalité propre mais de reflets archétypaux et que le développement thérapeutique est basé sur la culture du sentiment...le processus lui semble en réalité plus complexe. "Le sentiment qui se développe au cours de la constitution de l'âme est plus impersonnel, un sensibilité de détail envers la valeur spécifique des contenus psychiques et des attitudes, qu'il n'est personnel".

Afin de ne pas alourdir la lecture, j'ai choisi de diviser le sujet en plusieurs parties, s'en suivront, le rapport de l'anima et du féminin, ainsi que celui avec la psyché, l'anima et dépersonnalisation, l'intégration de l'anima, l'anima comme médiatrice de l'inconnu puis comme personnalité une et enfin anima et syzygie.

La suite ici

Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)

8 commentaires:

Ariaga a dit…

Le sujet me passionne d'autant plus que je n'ai jamais lu Hillman. Un manque que j'essaierai de combler mais, en attendant ta série d'articles va m'apporter beaucoup. Amitiés.

Jean Bissur a dit…

Merci de ton passage Ariaga.

Hillman a la particularité de s'attacher à la pensée de Jung, pour mieux tenter de la dépasser...c'est parfois déroutant mais souvent très riche de perspectives. A ce jour, cet essai , assez lourd, sur l'Anima est ce que je trouve de plus approfondi depuis Jung.

Amitiés,
Jean

Kélilan a dit…

Jean,sais-tu de quel ordre est la participation d'Emma Jung dans l'élaboration de ce livre ?

Jean Bissur a dit…

Bonjour Kélilan,

Oui, bien sûr. Le livre regroupe en fait deux études distinctes, la première par Emma Jung traite de l'Animus et la deuxième par Hillman de l'Anima.

Jean

Kélilan a dit…

Ah d'accord... logique ! :)
Merci.

Ariaga a dit…

Je me posais la même question que Kelilan, et j'ai eu ma réponse. Merci.

Anonyme a dit…

Je cite Jean Bissur : "(dans l'esprit collectif, fonction sentiment et féminité sont à développer pour l'homme)"
Pas évident cette anima. Tout comme Ariaga, je n'ai pas lu Hillman ou du moins pas très attentivement. L'Anima, nous explique Jung permet à l'homme d'accéder à son intériorité, au contenu de son inconscient mais aussi d'appréhender le monde féminin, dans le but de combler son incomplétude qui revêt différentes formes comme l'Eros, le sentiment, l'amour, très très en souffrance. Monique

Jean Bissur a dit…

Bonjour Monique,

Oui, en effet, pallier une carence qui peut devenir souffrance...je crois que Hillman, dans son essai sur l'Anima, essaye surtout de casser des images figées qui se sont crées depuis l'écriture de Jung autour de l'Anima et qui, finalement, la dénaturent plus que la servent.

Jean