jeudi 7 mars 2013

Archétype(10) - Encore un peu plus loin

Me voici donc de retour sur ce thème quasi inépuisable. Après une approche succincte (ici) et une première tentative d'approfondissement (), j'aimerais développer un peu plus certains aspects de l'archétype que l'on ne trouve pas toujours dans les écrits de vulgarisation...ce que l'on peut comprendre devant la complexité du thème. Jung, à l'instar de l'ensemble de sa pensée, a vu évoluer ce concept tout au long de sa vie de chercheur et a rapidement conclu que l'on ne pourrait jamais l'envisager sous une seule définition mais uniquement le circonscrire.
Retroussons donc les manches et avançons, prudemment.

Entre deux conceptions...
Dans ses essais, Cazenave (voir ici pour une courte présentation) rappelle que Jung n'a jamais tranché entre deux approches distinctes de l'archétype.

  1. l'irruption de l'archétype dans la psyché est indissociable des images et symboles (liés à la culture),
  2. l'archétype est patrimoine psychique humain dont chacun hérite et qui, pourtant, n'a pas de fondement temporel.
Ce faisant, Jung, au cours de l'édification de ce concept phare qu'est l'archétype, a longtemps assimilé archétype et images archétypiques, erreur que l'on continue à retrouver communément de nos jours...finalement, à l'instar de la chose en soi de Kant, des monades de Leibniz ou des éternelles incrées de Bergson, Jung a conclu qu'on ne pouvait rien en dire mais juste témoigner de leur caractère dynamique au sein de la psyché de l'individu (ce qui, au passage, les distingue totalement des idées platoniciennes).

Le caractère psychoïde
Sous ce terme barbare se cache en fait un attribut de double appartenance; celui de l'esprit (psychique) et celui de la matière. Fini donc le dualisme science / psychologie puisque l'archétype reposerait sur les deux frontières !
Jung a tiré ce principe à la fois par les constatations cliniques (le traumatisme engendrerait une activation archétypique), et au cours de l'élaboration de son concept de Unus Mundus, terme issu de l'alchimie, qu'il a repris pour désigner l'unité sous-jacente du monde apparemment inconciliable de l'esprit et de la matière. Une manifestation de cette unité est visible, par exemple, dans les synchronicités. (voir ici)

« La psyché participe à la fois de l’esprit et de la matière. Je suis persuadé que la psyché est en partie de nature… La totalité de l’homme se situe entre le mundus archetypus, qui est bien réel puisqu’il agit, et le monde physique, qui est tout aussi réel puisqu’il agit également…..Il y a par ailleurs des raisons de supposer que tous les deux ne sont que des aspects différents d’un seul et même principe. » Correspondance avec Pauli



La constellation
On peut le résumer par principe d'activation d'un archétype, c'est à dire d'irruption au sein d'une psyché, en vue de compenser un manque dans la sphère consciente qui entraîne "une impasse" ou "situation impossible". Cela peut faire suite à une évènement extérieur important ou à l'initiation d'une profonde transformation intérieure. 
Ce terme rappelle que l'archétype est un noyau énergétique puissant et qu'il attire à lui tout ce qui répond à sa nature (singulière puisque les archétypes sont infinis) en vue de la compensation...bien souvent, le canal des complexes personnels est exploité, mais c'est un autre sujet.

La contamination
"Tirez une racine d'herbe et vous ferez venir la prairie toute entière". Proverbe chinois
Cette jolie phrase résume l'idée de contamination chez les archétypes. Comme dans l'ensemble de la psyché, il n'y a pas de frontière définie et un archétype masque souvent la présence d'autres archétypes...Jung a même mentionné la possibilité d'un seul archétype polymorphe ou, pour être plus précis, d'un champ archétypique (selon l'acception scientifique).
Cela fera le sujet d'un autre billet (celui-ci est déjà fort lourd à digérer), mais certaines propriétés de la physique quantique coïncident merveilleusement avec la nature des archétypes, comme, par exemple, la non localité. Il est dit qu'un archétype activé chez un individu l'est simultanément pour plusieurs personnes.


Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)
2 - La persona
3 - Approfondissement de la notion d'archétype
4 - Approche de l'Anima
5 - Approche de l'Animus
6 - L'Ombre
7 - Le Soi
8/9 - L'anima par James Hillman    Partie 1   Partie 2

10 commentaires:

La Licorne a dit…

Effectivement impossible à définir l'archétype...car échappant totalement à notre pensée "duelle"...il faudrait inventer un nouveau "langage" pour en approcher la nature...

Jean Bissur a dit…

Il n'y a pas de langage du vécu.

Mais le circonscrire est déjà pas mal.

dominique giraudet - philosophie a dit…

Merci Jean pour ce nouveau bel article sur ce sujet complexe ! Je signale aussi cet autre article qui me semble quelque part en lien avec notre réflexion commune :http://www.actualitte.com/tribunes/le-mythe-est-le-batiment-de-l-imagination-jean-paul-savignac-1938.htm

Jean Bissur a dit…

Merci Dominique pour ce lien, en effet très à propos.

Jean

Ariaga a dit…

Tu as raison, le sujet est inépuisable, heureusement car il est passionnant. Tu sais que, en ce moment j'ai peu de temps et je vais revenir pour approfondir ma lecture. Amitiés.

Jean Bissur a dit…

Un grand merci à toi déjà d'avoir pris le temps de passer.

Amitiés,
Jean

Anonyme a dit…

Bonjour Jean,

Un champ archétypique ... oh la la quel puissant foisonnement évoque un tel champ! Ça fait rêver.
J'ai bien fait de venir faire un petit tour de ton côté ce matin.

Amicalement,
Michelle

Jean Bissur a dit…

Merci de ton passage Michelle.

Amitiés,
Jean

Thierry a dit…

Pourquoi est ce que je ne viens pas plus souvent ici ? je me le demande encore , car à chaque fois c'est étonnement, plaisir et découverte qui se conjuguent , alors promis je vais revenir vite.

Jean Bissur a dit…

Merci Thierry, ce type de commentaire stimule l'auteur de blog...

Amicalement,
Jean